"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 22 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (1)


Tropaire ton 8
Depuis ta jeunesse, ô glorieux confesseur, tu te livras en offrande au Seigneur, souffrant au nom du Christ, tu prêchas le Royaume de Dieu, et tu fus crucifié avec le Seigneur, afin de vivre avec Lui dans les siècles.


Kondakion, ton 4
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De la ville impériale de Niš jusqu’en Russie subcarpathique et à Zagreb, qui fut ton Golgotha, tu servis fidèlement Dieu, témoignant du Christ Sauveur, en actes et en paroles, par ta patience tu acquis la couronne de gloire et tu entras dans la joie éternelle de la Très-sainte Trinité.

VIE DU SAINT HIEROMARTYR DOSITHEE (VASIĆ), METROPOLITE DE ZAGREB
(Mémoire le 31 décembre / 13 janvier)



La jeunesse
Le futur métropolite Dosithée naquit le 5 décembre 1878 à Belgrade dans la famille d’un fonctionnaire serbe et reçut au baptême le prénom Dragoutine. Il fit ses études secondaires au séminaire de Belgrade. Alors qu’il était encore séminariste, il prononça ses vœux monastiques et reçut le nom de Dosithée. La même année, il fut ordonné au diaconat et, après avoir achevé ses études au séminaire, il reçut l’ordination sacerdotale. En 1899, il passa une année au monastère de Manasija, où il avait prononcé ses vœux. En 1900, il partit à Kiev afin de continuer ses études à l’Académie théologique. En 1904, il termina le cycle universitaire avec le grade de « candidat » en théologie, qui lui a été accordé pour sa dissertation « La réalité du miracle de la résurrection des morts du Christ Sauveur ». Ensuite, le père Dosithée poursuivit ses études de théologie et de philosophie à Berlin. Là, il étudia la théologie protestante (chez Harnack, Kaftan, Pfleiderer et autres) et la philosophe (chez Riehl et Paulsen). Après deux années d’études à Berlin, il partit à Leipzig, où il se consacra à l’étude de la philosophie, expérimentale (chez Wundt) et  la philosophie pure (chez Heinze et Volkelt). En 1907, il fut appelé au séminaire Saint-Sava de Belgrade pour y enseigner principalement la philosophie dans les classes supérieures. Il y resta jusqu’en 1909. En tant que professeur au séminaire, il se distinguait par sa bonté envers ses élèves. On peut dire qu’il n’y avait pas d’élève qu’il n’ait réussi à intéresser à son enseignement. Il partit ensuite à Paris en tant que boursier du ministère serbe de l’enseignement et des affaires ecclésiastiques, pour continuer ses études. À la Sorbonne et à l’École des hautes études sociales, il étudia la philosophie et les sciences sociales. À la fin de 1910, il partit à Genève, où il s’inscrivit à nouveau à l’université. Il y resta jusqu’en septembre 1912, lorsqu’éclata la première guerre balkanique (9 octobre 1912 – 30 mai 1913), où il se mit à la disposition de son Église et de sa patrie. La guerre opposait la Bulgarie, d’une part, à la Serbie, la Grèce et le Monténégro, d’autre part.

L’épiscopat et la détention en Bulgarie
Le 25 mai 1913, le père Dosithée a été sacré évêque et nommé à Niš, qui était alors le diocèse le plus grand de l’Église orthodoxe serbe. Son bagage intellectuel faisait de lui le hiérarque le plus érudit de l’Église orthodoxe serbe. En outre, il parlait couramment le russe, l’allemand, le tchèque et le français. Ce fut ensuite la première guerre mondiale, au cours de laquelle il se consacra pleinement à l’aide aux victimes. En 1915, il logea une centaine d’orphelins de guerre au monastère Saint-Romain, près de Đunisa, ce qui leur a permis de survivre à la guerre.

Lorsque l’armée serbe dut se retirer par l’Albanie en Grèce en novembre 1915, Mgr Dosithée resta avec le peuple à Niš bien que des ministres fussent venus le chercher en voiture pour s’enfuir. C’est dans la même ville qu’il attendit l’armée ennemie bulgare. Mgr Dosithée, avec le clergé, sortit devant les occupants armés et les pria, au nom des souffrances communes subies de la part des Turcs, et « avant tout au nom de notre Foi Une, Sainte, Chrétienne », d’épargner les personnes âgées et faibles, ainsi que les femmes et les enfants abandonnés. Il se porta garant de l’ordre et de la paix à Niš. L’ennemi promit tout, mais cinq jours après, arrêta l’évêque et l’interna en Bulgarie, où il passa trois ans en relégation. Après la capitulation bulgare, l’évêque Dosithée « épuisé par la faim et les souffrances psychiques » revint dans son diocèse en 1918. Ces années de captivité entamèrent sérieusement sa santé. Le moment le plus difficile de sa vie l’attendait à son retour de Bulgarie, lorsque les orphelins de prêtres (environ 150 ce ces derniers furent assassinés sauvagement par les Bulgares) lui demandèrent où étaient leurs parents, ignorant qu’ils avaient été massacrés. On peut voir, dans son « Message aux Anglo-saxons » rédigé 1920, à quel point ces événements l’avaient affecté : « … Mon âme est emplie de douleurs, mes mains sont trop faibles et mes yeux sont pleins de larmes ; mon esprit lutte alors que j’écris ces lignes. Je ressens le besoin de consolation. Mais suis-je le seul qu’il faille consoler ? Oh, si seulement je pouvais parler de l’agonie de mon esprit ! Ce que j’entends maintenant et ce que je vois dépasse mes prévisions les plus noires au temps de ma captivité. Des milliers des meilleurs fils de mon peuple et avec eux un grand nombre de prêtres serviteurs de Dieu ont été envoyés en captivité, martyrisés et tués. Vous me demanderez pourquoi ? Pour quel crime ? Simplement parce qu’ils étaient serbes… Oh, si vous saviez seulement comme les enfants et les parents de nos martyrs sont malheureux et tristes ! Leurs âmes sont pleines de souffrances. Ils ont vraiment besoin de consolation. Les prières sont nécessaires à nous tous, car sachez-le : le malheur chez nous est général… Je regrette, chers frères et sœurs en Christ, d’être trop loin pour pouvoir vous parler face à face, comme le dit le grand et saint Apôtre des nations, pour vous décrire notre misère et notre chaos matériels. Oh, si en cet instant, de ce le lieu depuis lequel je vous parle, pouvait s’exprimer les bouches de l’un de mes prêtres qui ont été tués aussi sauvagement, si vous pouviez entendre leurs misère et leur malheurs, leur faim et leur nudité, je pense que vos cœurs s’empliraient de douleur et de compassion, d’horreur et de stupeur. Que le Dieu miséricordieux préserve nos pires ennemis et les pires criminels des malheurs dans lesquels se trouvent les familles de nos prêtres-martyrs ». Cela l’incita à se trouver à la tête de différentes associations caritatives pour les assister matériellement. Il ouvrit une maison pour les orphelins de guerre et organisa plusieurs foyers pour les enfants dont les parents avaient péri pendant la guerre. En outre, il établit, auprès du monastère Saint-Jean situé dans les environs de la ville, une maison pour les enfants aveugles. Il faisait aussi le tour des hôpitaux pour enfants.

À Niš, il continua à s’occuper de son troupeau, travaillant activement avec la jeunesse. Il ouvrit une association pour assister les prêtres et ouvrir la première imprimerie ecclésiale indépendante de l’État. Il édita des livres et ouvrit une librairie ecclésiale. Tout cela entrait dans la réalisation de sa vision : la création des bases pour l’autonomie de l’Église et du clergé par rapport à l’État. On sait de Mgr Dosithée que, de son vivant, les prêtres ayant une attitude critique envers lui, écrivaient à son sujet qu’il méritait le dévouement du clergé et des fidèles : « Et comme homme et comme évêque, il mérite que l’on écrive constamment à son sujet, mais non dans le but de chanter les louanges habituelles, mais parce que chacune de ses actions est réellement digne d’égards », écrivit l’un d’entre eux. On donnait encore de lui les caractéristiques suivantes : « hauteur d’esprit, noblesse, verve, et grande conscience de son devoir élevé ». Qui plus est, sa captivité en Bulgarie pendant la guerre n’avait pas provoqué en lui des mouvements de haine, mais il recueillit de l’aide et l’apporta en Bulgarie lorsque ce pays fut frappé par un tremblement de terre en 1927. En 1931, il se rendit aux obsèques du métropolite de Sofia.

Pour ce qui concerne ses autres activités, il convient de mentionner qu’en 1919-1920, l’évêque Dosithée prit une participation active aux négociations avec le Patriarcat de Constantinople pour le rétablissement du Patriarcat de Serbie, qui avait été aboli pendant la domination turque.

Version française Bernard Le Caro
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Sur l'excellent blog de Maxime: DIEU RECONNAÎTRA LES SIENS …

Reliquaire de saint Maxime

…et les hommes iniques finissent également par reconnaître les élus de Dieu, certes avec quelque regrettable retard cependant…

L’histoire de l’Église regorge d’injustices et de scandales et la liste est longue certes…

Çà et là des laïcs chassent voire persécutent leur prêtre, ou bien des prêtres imposent leur scandaleuse conduite pécheresse à leurs fidèles… d’ambitieux comploteurs laïcs soutenus par leur hiérarque carriériste manigancent, font de faux témoignages et élaborent des dossiers iniques pour parvenir à chasser un évêque qui n’est tout simplement pas de leur goût… De faux prophètes, entraînent à leur perte de naïfs dévots aveugles par de faux mérites… Des laîcs animés par le moindre appât du gain détournent à leur profit des biens de l’Église… Des prêtres confondant les biens de l’Église obtenus par la générosité des fidèles avec leurs dons s’arrogent le droit d’en disposer à leur guise et le dilapident selon leur fantaisie…Des hiérarques et des prêtres apostats imposent leurs fausses doctrines à leur troupeau et les menacent d’excommunication si elles ne se rangent pas docilement à leur hérésie… De faux starets tyrannisent voire torturent psychiquement leurs disciples en toute impunité, profitant du prestige de leur habit (qui ne fait pas pourtant forcément le moine) … Des illuminés nageant dans l’illusion spirituelle entraînent des naïfs dans la noyade spirituelle… etc.

Mais la vérité finit, tôt ou tard par se savoir et même l’histoire de l’Église inscrit régulièrement tout au long des siècles, dans ses synaxaires et ses calendriers de fêtes, une liste innombrable de saints martyrs, de saints confesseurs, de saints thaumaturges, qui ont eu à subir l’absence de discernement, l’injustice voire la persécution et la cruauté de leurs contemporains, prétendus « frères « ou « pères » mais leur patience, c’est à dire leur constance à supporter l’épreuve et la souffrance connues seulement de quelques pieux fidèles a fini par être reconnues de tous, même des hiérarques gestionnaires, administrateurs ou diplomates si bien que lle peuple a pu sans retenue célébrer leur mémoire, leur écrire des acathistes, et solliciter par leurs bénéfiques prières leur aide auprès de Dieu…
St Maxime, parmi bien d'autres, a été de ceux-là, lui que renia, exclut et condamna l'immense majorité des hiérarques et gens de pouvoir dans tout un empire, à qui on a eu la cruauté ( qui n'eut rien à envier à celle des djihadistes…) de couper la langue et la main pour le réduire au silence. 

Cependant cette barbarie a été vaine, car nous avons l'incommensurable bonheur d'avoir ,plusieurs siècles après son martyre, une considérable somme d'écrits inestimables qui , désormais reconnus par tous, font partie des fondements mêmes de la théologie orthodoxe.


St Maxime Le Confesseur, à la foi indomptable et sans concessions, prie Dieu pour nous !

dimanche 21 janvier 2018

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



8/21 janvier
33ème Dimanche après la Pentecôte, après la Théophanie
Dimanche de Zachée

Saints Georges de Chozéba (VIIème s.) et Émilien le Confesseur (IXème s.) ; sainte Dominique de Constantinople (vers 474) ; saint Lucien, prêtre, saints Maximien et Julien, martyrs à Beauvais (vers 290) ; saint hiéromartyr Cartère, prêtre à Césarée de Cappadoce (304) ; saints martyrs Julien, Celse, Antoine, Anastase, martyre Basilisse et Marionille, les sept enfants et les 20 soldats (313) ; saints martyrs Théophile, diacre et Hellade (IVème s.)  saint Agathon, ascète au désert de Scété (IVème s.) ; saint Élie d’Égypte (IVème s.) ; saint Grégoire, thaumaturge de la Laure des Grottes de Kiev (1093) ; saint Grégoire, reclus de de la Laure des Grottes de Kiev (XIII-XIVème s.) ; saint hiéromartyr Isidore, prêtre et avec lui 72 autres martyrs à Youriev (1472) ; saint Païssios d’Ouglitch (1504) ; saint martyr Abo de Tiflis en Géorgie (vers 790) ; saints nouveaux martyrs de Russie : Victor (Oussov), prêtre (1937) ; Démètre (Plychevsky), Vladimir (Pasternatsky), prêtres, Paphnuce (Kostine), moine, Michel (Novoselov), martyr (1938) ; Basile (Arkhanguelsy), prêtre (1939) ; Jean (Malychev), martyr (1940) ; saint Michel (Rozov), confesseur, prêtre (1941).
Lectures : Dimanche après la Théophanie : Eph. IV, 7-13, Matth. IV, 12-17 ; Zacchée : I Tim. IV, 9-15, Lc XIX, 1-10


Source de l'icône: Ruicon.ru

QUI ÉTAIT ZACHÉE ?[1]
Q

ui était Zachée ? C’était le chef des publicains, qui étaient réellement des pécheurs, des transgresseurs des lois fondamentales du Seigneur. Les publicains étaient les percepteurs des impôts des Juifs pour le compte des Romains. Le signe le plus tangible et manifeste de cet asservissement et de cette soumission des Juifs était constitué par le payement de toutes sortes d’impôts, de tributs, à leurs asservisseurs. Le versement d’un tribut pour les Juifs, comme pour tous les autres peuples de l’Antiquité était par excellence le symbole de la soumission. Et les Romains, ne manifestant aucune retenue à l’égard du peuple soumis, percevaient de lui des impôts ordinaires et exceptionnels. Naturellement, les Juifs s’en acquittaient avec haine et dégoût. Ce n’est donc pas en vain que, voulant compromettre le Seigneur aux yeux de Son peuple, les scribes Lui demandèrent : « Est-il permis ou non, de payer le tribut à César ? » (Mt 22, 17). Ils savaient que si le Christ disait de ne pas verser le tribut à César, il serait facile de Le mettre en accusation devant les Romains. Si, au contraire, Il disait qu’il fallait le verser, Il serait irréversiblement compromis aux yeux du peuple. Tant que les Romains gouvernaient la Judée au moyen de roitelets locaux, tels qu’Hérode, Archélaos, Agrippa et autres, cette soumission à Rome, et en particulier la nécessité de payer les impôts, étaient tempérée pour les Juifs par le fait qu’ils étaient soumis et acquittaient l’impôt à leurs rois, lesquels, à leur tour, étaient assujettis et payaient le tribut à Rome. Mais voici que peu avant le commencement de la prédication du Christ Sauveur, le système de gouvernement de la Judée changea. Au lieu des rois locaux, des procurateurs romains furent nommés gouverneurs de la Judée et des provinces voisines. Afin de collecter les impôts avec plus de succès, les Romains introduisirent l’institu­tion des publicains. En Judée, les Romains devaient engager des publicains parmi des individus moralement proscrits, parmi les Juifs acceptant de passer à leur service et de contraindre leurs frères à payer le tribut. L’acceptation d’une telle fonction était lié à une profonde chute morale. En effet, lorsqu’ils entraient en service, les publicains devaient prêter un serment païen de fidélité à l’empereur et devait offrir un sacrifice à son esprit (au « génie » de l’empereur). Naturellement, ce n’était pas seulement les intérêts de Rome que recherchaient les publicains en percevant l’impôt de leurs compa­triotes. Ils poursuivaient aussi leurs propres intérêts, s’enrichissant aux dépens de leurs frères asservis, rendant ainsi plus lourd le poids de l’oppression romaine. Ainsi étaient les publicains… Tout ce qui a été dit ici s’applique doublement à Zachée, car il n’était pas un simple publicain, mais leur chef (architelonis). Indu­bi­ta­ble­ment, il avait fait tout cela : prêté le serment et offert le sacrifice païen, arraché impitoyablement l’impôt à ses compa­triotes, l’augmentant pour son propre profit. Et il devint, comme en témoigne l’Évangile, un homme riche. Naturellement, Zachée comprenait que pour lui les espérances d’Israël étaient perdues… Et voici que lui parviennent des bruits, selon lesquels le Saint d’Israël, le Messie annoncé par les prophètes, est déjà apparu au monde… Pour lui, la venue du Messie constitue une catastrophe person­nelle. Le pouvoir des Romains doit arriver à sa fin, et Israël triomphant tirera vengeance pour le dommage qu’il a subi de lui, pour ses offenses et son oppression. Mais même s’il n’en est pas ainsi – car le Messie, selon le témoignage du prophète, « vient, juste et victorieux, humble » (cf. Za 9, 9) –, Sa venue victorieuse ne doit néanmoins apporter, à lui – Zachée – que la plus grande humiliation et la privation de toute cette richesse et de cette situation qu’il a acquises au prix terrible de sa trahison de Dieu, de son propre peuple et de toutes les espérances d’Israël. Il se peut encore qu’il n’en soit pas non plus ainsi. Peut-être le nouveau prédicateur n’est-Il pas le Messie. Tous ne croient point en Lui. Les principaux ennemis des publicains, et en partie de lui-même – Zachée – les pharisiens et les scribes ne croient pas en Lui. Il s’agit peut-être de la simple rumeur populaire. On pourra alors vivre tranquillement comme jusqu’à maintenant. Mais Zachée ne veut pas persister dans de telles pensées. Il veut voir Jésus pour savoir et ce avec certitude : qui est-Il ? Et Zachée veut que le Prédicateur qui passe là soit véritablement le Messie, le Christ. Il veut dire avec les prophètes : « Ah, si Tu déchirais les Cieux et si Tu descendais ! » (Is, 64, 1). Qu’il en soit ainsi, même si cela s’avère être catastrophique pour lui, Zachée. Il y a dans son âme, semble-t-il, des profondeurs telles qu’il ne les avait pas ressenties jusqu’à maintenant ; il y a en lui un amour brûlant, enflammé, ardent, totalement désintéressé pour « l’attente des nations », pour l’image du doux Messie décrite par les prophètes, pour Celui « qui a pris sur Lui nos faiblesses et qui a porté nos souffrances » (Is 53, 4). Et lorsque l’occasion se présente de Le voir, Zachée ne pense pas à lui-même. Le triomphe du Messie est pour lui la catastrophe et la ruine, mais il n’y pense pas. Il veut seulement, ne serait-ce que du coin de l’œil, apercevoir Celui qui a été annoncé par Moïse et les pro­phètes. Et voici que passe le Christ. Il est entouré par la foule. Zachée ne peut Le voir, car il est de petite taille. Mais l’aspiration totalement désintéressée de Zachée à voir, ne serait-ce que de loin, le Christ, est à ce point illimitée, irrésistible, que lui – un homme riche, avec une position sociale, fonctionnaire de l’Empire romain, au milieu d’une foule qui lui est hostile, qui le déteste et le méprise – ne prête en rien attention à tout cela, étant dévoré par le désir de voir le Seigneur. Pour ce faire, il passe outre toutes les conventions, toutes les convenances extérieures, et monte sur un arbre, un sycomore, qui se trouve sur le bord du chemin. Et les yeux du grand pécheur, chef des traîtres et des félons, rencontrent les yeux du Saint d’Israël, le Christ Messie, le Fils de Dieu. L’amour voit ce qui est inaccessible au regard indifférent ou hostile. Aimant avec abnégation l’image du Messie, Zachée pouvait immédiatement reconnaître dans le Maître galiléen le Christ. Et le Seigneur, plein d’amour divin et humain, voit en Zachée, qui Le regarde depuis les branches du sycomore, ces profondeurs de l’âme qui étaient inconnues à celui-ci même jusqu’à présent. Le Seigneur vit que l’amour ardent pour le Saint d’Israël dans le cœur du traître, un amour qui n’était pas assombri par la moindre trace d’intérêt propre, pouvait le régénérer et le renouveler. Et la voix divine résonna : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi. » Et la régénération morale, le salut, le renouveau vint chez Zachée et toute sa maison. Le Fils de Dieu vint réellement chercher et sauver ce qui était perdu. Seigneur, Seigneur, comme jadis Zachée, nous aussi T’avons trahi, Toi et Ton œuvre, nous avons été privés d’une part en Israël, nous avons trahi notre espérance ! Mais que Ton règne, Ta victoire et Ton triomphe viennent, bien que ce soit à notre honte, à nous et à ceux qui nous sont semblables ! Que Tes ennemis ne portent pas en dérision Ton héritage ! Même si Ta venue nous apporte la perte et la condamnation, méritées pour nos péchés, viens Seigneur, viens vite ! Mais donne-nous de voir, bien que de loin, le triomphe de Ta vérité, même si nous ne pouvons en être les participants. Et aie pitié de nous, contre tout espoir, comme Tu eus pitié de Zachée !    
SAINT JEAN DE CHANGHAÏ 

Tropaire du dimanche du 8ème ton
Съ высоты́ снизше́лъ еси́, Благоyтpóбне, погребе́нiе прiя́лъ ecи́ тридне́вное, да на́съ свободи́ши страсте́й, животе́ и воскресе́нiе на́ше, Го́споди, сла́ва Teбѣ́ !
Du haut des cieux, Tu es descendu, ô Miséricordieux ! Tu as accepté les trois jours au Tombeau afin de nous libérer des passions : ô notre Vie et notre Résurrection, Seigneur, gloire à Toi !

Tropaire de la Théophanie, ton 1
Во Іopда́нѣ кpeщющуся Teбѣ́, Го́споди, Tpoйческое яви́ся поклоне́нie : Pоди́телевъ бо гла́съ cвидѣ́тельствоваше Teбѣ́, возлю́-бленнаго Tя́ Cы́на имену́я, и Дýxъ въ ви́дѣ голуби́нѣ, извѣ́ствоваше cлoвecé yтвepжде́нie. Явле́йся, Xpисте́ Бо́же и мípъ просвѣще́й, cла́ва Тебѣ́.
Lors de Ton baptême dans le Jourdain, Seigneur, fut manifestée l’adoration due à la Trinité : car la voix du Père Te rendit témoignage en Te donnant le nom de Fils bien-aimé, et l’Esprit, sous la forme d’une colombe, confirmait l’irréfragable vérité de cette parole. Christ Dieu qui es apparu et qui as illuminé le monde, gloire à Toi !
Kondakion du dimanche, ton 8
Воскpécъ изъ гро́ба, уме́ршыя воз-дви́глъ ecи́ и Aда́ма воскреси́лъ ecи́, и Éва лику́етъ вo Tвое́мъ воскресе́нiи, и мipcтíи концы́ торжеству́ютъ е́же изъ ме́ртвыхъ воста́нieмъ Tвои́мъ Mногоми́лостивe.
Ressuscité du tombeau, Tu as relevé les morts et ressuscité Adam ; Ève aussi exulte en Ta Résurrection, et les confins du monde célèbrent Ton réveil d’entre les morts, ô Très-miséricordieux !

Kondakion du saint, ton 4
Яви́лся еси́ свѣти́ло пресвѣ́тлое, Гео́ргіе, озаря́я Боже́ственными заря́ми вѣ́рно зову́щія ти́: моли́ о на́съ Влады́ку Христа́, я́вльшагося во струя́хъ и просвѣ́щшаго земноро́дныя.
Comme luminaire portant au loin sa clarté, tu fais briller de ton divin rayonnement, vénérable Georges, les fidèles s'écriant: Prie pour nous le Christ apparu dans les flots du Jourdain pour
illuminer le monde entier.
Kondakion de la Théophanie, ton 4
Яви́лся дне́сь вселе́ннѣй, и свѣ́тъ Tво́й Го́споди, зна́менася на́ на́cъ, въ páзyмѣ пою́щихъ Tя́ : прише́лъ ecи́,  и яви́лся ecи́ свѣ́тъ непристу́пный.

Tu es apparu au monde en ce jour, Seigneur, et Ta lumière s’est manifestée à nous qui, Te connaissant, Te chantons : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.
Au lieu de : « Il est digne en vérité... »,  ton 2
Велича́́й душе́ моя́, Честнѣ́йшую го́рнихъ во́инствъ, Дѣ́ву Пречи́стую Богоро́дицу. Недоумѣ́етъ вся́къ язы́къ благохвали́ти по достоя́нію, изумѣва́етъ же у́мъ и премі́рный пѣ́ти Tя, Богоро́дицe ; оба́че Блага́я cýщи, вѣ́py пріими́, и́бо любо́вь вѣ́cи Боже́ственную на́шу ; Tы́ бо xристіа́нъ ecи́ Пpeдста́тельница, Tя́ велича́емъ.
Magnifie, mon âme, Celle qui est plus vénérable que les armées célestes, la Très pure Vierge et Mère de Dieu. Toute langue est embarrassée pour te chanter dignement, et même un esprit de l’autre monde a le vertige au moment de te célébrer, Mère de Dieu ; cependant, Tu es la bonté ; reçois donc notre foi, car Tu sais notre désir inspiré de Dieu ; Tu es l’avocate des chrétiens, nous Te magnifions.  

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[1] Homélie de St Jean de Changhaï (version abrégée)

Anniversaire du Martyre du Roi Louis XVI

Il y avait à la skite de Gethsémani,
avant la révolution russe,
une icône
du Roi-Martyr Louis XVI



Icône du roi-martyr Louis XVI




Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI,
rédigé le 25 décembre 1792,
envoyé à la Commune de Paris le 21 janvier 1793.
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Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatres mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étoient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, mesme depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.
[…]
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connoitre scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prestre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent estre contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laqu’elle je suis toujours resté sincérement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourroi du Ministère d’un Prestre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurois pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnestes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Eternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnoissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.
Je recommande à mon fils, s’il avoit le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.
Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étoient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devoient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.
Je voudrois pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étois sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avois jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérest gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrois de les compromettre si je parlois plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirois calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandois ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avoit portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardoient, les mauvais traitements et les gesnes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prest à paroitre devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.
Louis.
Testament de Louis XVI
Première page du testament de Louis XVI.


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